• Ma vie à t'attendre
    Quand le tourbillon quotidien me rejette, il n'y a que moi sur la grève
    nuls pas ne précèdent les miens, - et je te guette.
    Ma vie à t'attendre,
    Quand la foule pressée me recrache enfin, c'est à pied que je rejoins la rive,
    rien d'autre que le silence pour répondre à mes appels, - et je te guette.
    Nul été ni hiver n'a jamais vu ta silhouette précéder la mienne,
    tu es mon ombre, le soleil couchant t'étire sur des mètres et tu traines, pourtant,
    tu ne vas pas plus vite, - et je te guette.
    J'arpente sans relache ce sol que tu survoles, je soigne les plantes dont tu te réjouis des

    parfums, et ce lieu rien qu'à nous n'est que trop rien qu'à moi, - quand je te guette.
    et ces rayons qui saluent mon retour fânent avant de t'avoir caressé, tu te dérobes à leur étreinte
    et je sais, moi, tout ce que tu rates, car je te guette.


    Je te guette et ces secondes qui deviennent des heures n'appartiennent à personne.
    Elles sont libres et s'échappent, ne bâtissent rien, glissent sur mon corps immobile en revânt des jours où
    elles ne sont qu'à nous.
    Si tu les voyais, ces secondes, comme elles se lamentent, elles se suspendent même parfois,
    elles te guettent, elles aussi, et ton retour leur redonne vie.
    Ton retour les colore, et jusqu'au lendemain elles oublient tout, les heures gâchées et le soleil lointain, les espoirs et les doutes,
    et l'attente, l'attente, l'attente.


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  • Demain ne veut rien dire.
    Nous avons vu le nouveau siècle arriver et regarde, maintenant, où nous en sommes, à attendre à nouveau de l'avenir, à repousser les échéances, comme si les années devant nous étaient forcément toujours plus belles. Demain ne veut rien dire et les jours défilent, en fait, le millénaire nous est passé au travers et nous n'avons rien senti, rien de plus que cette émotion feinte que l'on se force de ressentir pour ne pas être déçu. Il n'y avait rien.
    Et il n'y a rien non plus dans les jours sans début ni fin qui se lèvent et se couchent en un battement de cils, dans les pas effrénés de ces marées humaines qui vont et viennent, des vagues innombrables poussées par le vent. Il n'y a rien dans ces regards de tous les jours que l'on oublie, dans ces silhouettes artificielles, dans ces ports d'attache que l'on s'invente, bouées de sauvetage dans un océan qui nous malmène, et où l'on pense trouver quelques heures de répis.
    Il n'y a rien d'autre que la houle, et les eaux paisibles du lac sont trompeuses, avec leur doux murmure des jours d'été. Ces ilots ne sont que des secondes au milieu des décennies, et ce siècle derrière nous n'a rien retenu d'elles, il n'a rien changé. Demain ne veut rien dire. Demain est hier, demain est un de ces cycles sans commencement ni fin, ces cycles qui gouvernent tout, typhons au milieu du grand large, qui aspirent les rives et les embarcations, engloutissent les promenades et les foyers. Demain nous emportera nous aussi, avec les mois et les années passées, les attentes et les rêves, et nos pires craintes ne seront plus rien.


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  • You told us that
    We were too young
    Now that night's closing in
    And in the half light
    We run
    Lock us up safe
    And hide the key
    But the night tears us loose
    And in the half light
    We're free

    Strange how the half light
    Can make a place new

    You can't recognize me
    And I can't recognize you

    We run through the streets
    That we know so well
    And the houses hide so much
    We're in the half light


    None of us can tell
    They hide the ocean in a shell

    The ocean in a shell

    Our heads are just houses
    Without enough windows
    They say you hear human voices
    But they only echo

    They only echo
    They only echo
    Only echo


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  • Je veux croire que la terre retournée peut redonner la vie. Que les racines qu'on arrache, les fruits, les fleurs, peuvent redonner de plus beaux bourgeons. Il n'est pas facile à arpenter, le chemin du quotidien, je l'avais oublié je crois, noyé qu'était son souvenir sous tout le reste, les espoirs et les déceptions, les craintes. Avec le temps, j'avais fini par me retourner sur une terre vide, non pas stérile ni même sombre, mais juste vide, comme si les souvenirs eux-mêmes s'étaient enfuis, et que les bribes d'émotions suspendues dans l'air avaient fini par se dissiper comme de la poussière au vent. J'ai redécouvert les joies et les peines de ce chemin qu'on décide de suivre d'un même pas, ce sentier escarpé qui bien souvent n'offre de place que pour un, et qu'on franchit malgré tout en se serrant les coudes, sans jamais avoir peur du vide. J'ai eu peur du vide, pourtant. J'ai vraiment eu peur et parfois son souvenir me hante encore, cette certitude déstabilisante que tout peut s'arrêter d'un moment à l'autre, un faux pas, une rafale, et c'en sera fini.
    Malgré toutes les expériences du monde et la préparation la plus efficace, on est jamais prêt à fouler cette route à nouveau, quoi qu'on en dise. J'ai pensé que les années derrière moi me pousseraient; au final, elles n'ont jamais été aussi absentes. Et ce savoir sur lequel je pensais pouvoir me reposer brille par son silence, désormais, il me force à ouvrir mes propres voies, à trouver les passages et les angles, à cartographier des zones dans lesquelles je me lançais à corps perdu. Je ne me languis de rien sinon de cet âge d'or inestimable où la confiance était reine, et j'ai peur parfois de ne plus arriver à l'atteindre, à profiter de ses rayons de soleil, de devoir me contenter d'une semi pénombre aigrie qui finira, je le sais, par emporter le reste dans son sillage. Mais cet horizon rouge qui se lève sur les montagnes le matin devant ma fenêtre, qui les irradie comme des hauteurs sacrés, me pousse à pardonner et à baisser les armes, puisqu'elles n'apporteront de victoire qu'à moi-même, au détriment du reste et de tout ce qui me manquera.
    J'ai pensé à beaucoup de choses. A des terres lointaines, des paysages nouveaux, mais aussi au contraire à ces foyers qui me manquent, parfois, là où je sais qu'on ne me blessera jamais. Il y a des milliers de retraites paisibles dans mon esprit, des cabanes dans lesquelles je me mure, où les plans les plus fous s'échaffaudent à la faveur de la nuit. Mais l'horizon rouge me retient. Il porte en son sein toutes les promesses du monde, les serments oubliés gravés dans la pierre que son éclat révèlera à nouveau, un jour. Il est une prophétie du retour des jours heureux, ceux qu'on prédit toujours plus beaux encore que dans les souvenirs des aïeux, ceux où jamais personne ne nous fera plus de tort. L'horizon rouge m'anime. Il me donne vie et m'éclot, il me nourrit. Que serions-nous sans nos espoirs, après tout? Des fleurs trop grandes dans de trop petits pots.

     

     


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  • C'est un jour gris, ce soir, c'est sous un jour gris que je vois pour la dernière fois ces murs si chers, cet univers, cette ville. J'ai l'impression d'avoir vécu une vie entière ces dernières deux années et demi, et même si une toute nouvelle encore m'attend très bientôt, j'ai peur un jour d'arriver au bout de mon crédit d'existences.
    Est-ce qu'on peut réellement changer de vie du jour au lendemain, est-ce qu'on peut quitter ceux qui comptent et ces endroits innombrables qui nous constituent, et ne pas en être peiné? J'ai l'impression d'arriver pour la première fois au bout de cette espèce d'expérience humaine que j'ai longtemps vécue en rêve, que j'ai imaginée, et qui va enfin prendre vie devant mes yeux. Est-ce que la distance tue réellement tout, est-ce qu'elle dénouera les liens? Je ne pense plus, maintenant, et je n'ai même plus peur de ce changement qui s'annonce, je n'ai pas peur non plus de laisser de belles choses derrière moi, parce que je crois fort, désormais, que de meilleures encore s'annoncent. J'avais longtemps cru qu'on ne pouvait pas retrouver la foi, mais j'avais tort ; elle reste toujours là, quelque part. Je ne sais pas ce qui m'attend et c'est bien ce qu'il y a de meilleur, avancer à l'aveuglette à la lueur des étoiles. Et même les jours gris, les orages et les tempêtes ne m'impressionent plus ; je n'ai plus peur de danser sous la pluie.
    Je vais regretter beaucoup de choses. Des gens qui vont me manquer, des choses que j'aurais aimé faire, dire, et que le temps éloigne de moi. Des endroits, des moments, des habitudes qui me faisaient rager pourtant, et que je donnerais tout pour revivre. Pourtant le temps a beau faire défaut, j'ai la sensation de partir le coeur léger, et je m'étonne de ne plus éprouver cette nostalgie dévorante qui me détruisait. J'ai fini par acquérir avec le temps une facilité qui me déconcerte à tourner les pages qui me traînaient des mois entre les doigts, avant, ou peut être est-ce simplement comme ça qu'ont l'habitude de faire les gens heureux. Tout devient tellement plus facile, même les départs, les au revoir, les dernières embrassades. Tout devient tellement plus facile, depuis que tu es là.


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