• The Last Embrace

    C'est un jour gris, ce soir, c'est sous un jour gris que je vois pour la dernière fois ces murs si chers, cet univers, cette ville. J'ai l'impression d'avoir vécu une vie entière ces dernières deux années et demi, et même si une toute nouvelle encore m'attend très bientôt, j'ai peur un jour d'arriver au bout de mon crédit d'existences.
    Est-ce qu'on peut réellement changer de vie du jour au lendemain, est-ce qu'on peut quitter ceux qui comptent et ces endroits innombrables qui nous constituent, et ne pas en être peiné? J'ai l'impression d'arriver pour la première fois au bout de cette espèce d'expérience humaine que j'ai longtemps vécue en rêve, que j'ai imaginée, et qui va enfin prendre vie devant mes yeux. Est-ce que la distance tue réellement tout, est-ce qu'elle dénouera les liens? Je ne pense plus, maintenant, et je n'ai même plus peur de ce changement qui s'annonce, je n'ai pas peur non plus de laisser de belles choses derrière moi, parce que je crois fort, désormais, que de meilleures encore s'annoncent. J'avais longtemps cru qu'on ne pouvait pas retrouver la foi, mais j'avais tort ; elle reste toujours là, quelque part. Je ne sais pas ce qui m'attend et c'est bien ce qu'il y a de meilleur, avancer à l'aveuglette à la lueur des étoiles. Et même les jours gris, les orages et les tempêtes ne m'impressionent plus ; je n'ai plus peur de danser sous la pluie.
    Je vais regretter beaucoup de choses. Des gens qui vont me manquer, des choses que j'aurais aimé faire, dire, et que le temps éloigne de moi. Des endroits, des moments, des habitudes qui me faisaient rager pourtant, et que je donnerais tout pour revivre. Pourtant le temps a beau faire défaut, j'ai la sensation de partir le coeur léger, et je m'étonne de ne plus éprouver cette nostalgie dévorante qui me détruisait. J'ai fini par acquérir avec le temps une facilité qui me déconcerte à tourner les pages qui me traînaient des mois entre les doigts, avant, ou peut être est-ce simplement comme ça qu'ont l'habitude de faire les gens heureux. Tout devient tellement plus facile, même les départs, les au revoir, les dernières embrassades. Tout devient tellement plus facile, depuis que tu es là.


  • Commentaires

    1
    Ethi
    Vendredi 9 Avril 2010 à 12:42
    Bonheur ?
    J'espère qu'il te lit. Mais oui, les gens heureux savent tourner les pages. Je crois que c'est pour ça que, fondamentalement, je suis heureux. Je crois t'avoir déjà parlé de Créon et d'Antigone, qui ont deux conceptions du bonheur. Antigone veut tout, tout de suite, quitte à en mourir. Créon lui a décidé de se satisfaire des petits bonheurs, de les trouver dans les petites choses. Je suis Créon. La passion d'Antigone est dévorante, elle construit mais peut détruire en un instant. Créon lui pose pierre après pierre (Pierre après Pierre ?) pour attendre, lentement mais sûrement, son bonheur. En fait je suis persuadé que Créon sait tourner les pages, là où Antigone se consume lentement, dans son bonheur comme dans son malheur. Peut-être es-tu Créon maintenant ?
    2
    Mardi 19 Avril 2016 à 11:04

    Thinking it is light, ignorance is darkness, ignorance it was heresy for human and most contemptible are those who mistreat subordinates.

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