Et bien voilà, je change, je me transforme, j'évolue au contact de cette douleur comme s'il s'agissait d'un phénomène naturel, d'un réflèxe de survie. Moi qui aimais tant penser à l'avenir, je me surprends à ne vivre qu'au jour le jour, à ne penser qu'à aujourd'hui et à me dire que demain sera différent et que, dans tous les cas, il ne sera pas comme je le veux. J'apprends à mettre de l'eau dans mon vin, comme on dit, à me dire que les idéaux sont beaux mais ne sont que des idéaux, qu'ils n'existent pas toujours en vrai, ou qu'ils sont si difficiles à atteindre qu'on peut y laisser bien plus que du temps à trop les chercher. Je suis déçue, oui, je suis déçue de pleins de choses, de pleins de gens, je suis déçue de voir que les autres changent aussi, et qu'ils ne changent pas toujours en bien. J'ai l'impression de brader mes principes pour m'épargner trop de douleur, j'essaye de me convaincre que ce n'est pas le cas mais tout en moi me pousse à regretter, à avoir honte. C'est comme si je cédais à ce monde désespéré, comme si je devenais comme tous ces autres qui ne croient plus en rien.
Je change pour survivre, pour ne pas me laisser submerger par cette vague qui, principes ou non, n'épargnera personne. Et si j'en sors indemne, je ne le devrais qu'à moi; cela, au moins, sera une récompense.