Et voilà: ce soir, ma dernière soirée à 20 ans, "le plus bel âge" comme on dit, celui où on est sensé être heureux et insouciant, bien peu préoccupé par les aléas de la vie. Au final je crois que c'est la pire année que j'ai passée depuis aussi loin que je me souvienne, principalement parce que j'ai traversé, durant les neuf derniers mois, l'étape délicate et ô combien douloureuse de la séparation. Alors oui bien sur je peux aussi trouver pas mal de choses positives en cherchant bien, des personnes que j'ai revues et que je ne compte pas perdre de si tôt, de nouvelles activités, de nouvelles connaissances, et pas mal de nouveaux horizons qui se sont débloqués.
C'est dingue à quel point on peut devenir autiste quand on vit en couple, c'est à la fois une expérience enrichissante et terriblement restreinte, dans le sens où on en arrive à ne faire et à n'avoir envie que de choses qui peuvent se faire à deux. Alors oui bien sûr ces choses là valent des milliards de choses qu'on fait seul, elles ouvrent la porte à un quotidien nouveau et magique empli d'éléments qu'on aurait jamais soupçonnés jusqu'alors. Et puis petit à petit quand cet univers tout entier se dissipe, on réalise que, pendant des années, il a servi de voile coloré pour masquer des alentours sombres. J'ai du mal à me souvenir maintenant des instants que j'ai vécus dans cet environnement baigné de lumière, j'ai rapidement eu l'impression de ne plus faire partie des élus et de me voir refuser jusqu'à l'accès aux souvenirs. Ils me semblent lointains à présent, ces premiers mois que j'ai du passer au milieu de ce monde monochrome où je ne trouvais aucun repère. Je crois que, au final, j'ai réussi à tirer mon épingle du jeu, j'ai réussi à garder les souvenirs colorés et les impressions magiques et à me défaire des tristesses grises et des hivers glacés: j'ai fait une sorte de tri et je n'ai gardé que ce qui me permettrait de continuer à avancer malgré tout, en laissant loin derrière le lourd fardeau de la nostalgie. Alors oui bien sur il me rattrape parfois, le temps de quelques minutes, mais je réussi toujours à le distancer, et je crois que j'ai déjà gagné la course. La mélancolie restera toujours mais elle est ma compagne de tous les instants, et elle était là bien avant tout le reste, comme si j'étais née de son sein.
Alors finalement, cette année aurait peut être pu être pire, et je la regarde sereinement s'éclipser au coin de la rue, en lui faisant un signe discret qu'elle ne verra sans doute pas. Ca fait toujours bizarre de penser que ce sont des choses qui ne reviendront plus jamais, et que plus jamais je ne pourrais dire "j'ai vingt ans". Mais que peut-on faire d'autre à part savourer cette sentation étrange de page qui se tourne, d'un livre qui s'ouvre sur un nouveau chapitre qui ne demande qu'à être écrit. Mon premier paragraphe, ça sera la soirée mario party-téquila de ce soir, histoire de ne pas perdre les bonnes habitudes, et histoire de bien me mettre le pied à l'étrier. Et demain, si je suis encore lucide, je pourrais dire "j'ai vingt-et-un ans". Et ça sera très bien comme ça.