• Passants

    Ca me fait mal, parfois, de me dire que tous ces gens que je croise dans la rue, tous ceux qui ont un regard triste, et même ceux qui rient aux éclats, ont sans doute eux aussi des plaies dissimulées sous leurs vêtements. Ca me fait mal de me rendre compte peu à peu qu'il n'y a pratiquement pas un seul être humain qui ne vive pas avec le souvenir de ses émotions passées, avec des blessures parfois lointaines mais toujours douloureuses, avec des pertes et toutes sortes de déceptions. Je m'étais laissée absorber dans une vision idyllique d'un monde où les autres étaient toujours heureux; peu m'importait au fond de souffrir pour ma part, je trouvais souvent le réconfort en regardant les gens aller et venir, comme si rien ne les troublait jamais, comme s'ils avaient toujours ce même air béat sur le visage qui me montrait que, en fin de compte, il y avait des gens pour qui tout allait bien.
    Et puis les témoignages se sont multipliés, j'ai entendu des tas d'histoires si différentes, j'ai appris à ouvrir les yeux avec un petit peu plus d'attention sur ceux qui m'entourent, et j'ai compris que personne n'était épargné. A présent, les visages rieurs de mes souvenirs sont voilés, et ceux qui, dans mon enfance, me paraissaient toujours au mieux de leur forme, se révèlent maintenant sous leur véritable jour. J'ai réalisé que je les regardais depuis tant d'années avec un regard d'enfant naïf qui dresse une frontière entre ses proches et les autres; je m'étais imaginé sans vraiment m'en rendre compte que les gens qui m'entouraient étaient forcément différents, moins affectés par toutes ces choses qui forment l'existence. Alors maintenant je regarde les passants d'un oeil différent, je me dis que, parmi les visages anonymes que je croise, il y a des personnes qui souffrent peut être, d'autres qui remontent la pente, d'autres qui viennent à peine de se relever. Et je me sens bien plus partie de ce tout maintenant que moi aussi j'ai ma blessure, cette marque qui me collera à la peau jusqu'à mon dernier jour, et que le temps ne fera que masquer d'un voile discret.
    Ils en ont du courage, ces héros du quotidien, pour porter leur fardeau sans en avoir l'air. Parfois, je me demande à quoi je ressemble.


  • Commentaires

    1
    Dimanche 10 Décembre 2006 à 20:54
    Passants
    Nous traînons derrière nous, chacun, des "casseroles" invisibles qui ne sont pas toujours, malheureusement, celles des jours heureux, mais souvent celles de blessures et d'anciennes passions autrefois brûlantes, maintenant plongées dans une mer intérieure, glacée par le temps. Comme la lave qui monte du coeur et qui rejoint le bord des yeux, et va se fondre en bas, dans la mer, se changer en rochers, sombrer jusqu'au fond de l'océan pour y rester, s'ancrer dans les abysses ainsi que des moments qu'on oublie jamais et qui collent à la peau du souvenir, inaltérables. Nous traînons derrière nous des blocs de souvenirs, marbre sculpté de la mémoire, vestiges des beaux jours et des promesses pétrifiées de la vie. Mais toutes ces tristesses font aussi la beauté, ta beauté, et ta richesse. Le temps est assassin et tout s'écroule devant lui paraît-il, mais reçois malgré tout, au milieu de tout ça, quelques mots aidants avec leurs doigts malhabiles, les mots de quelqu'un qui a toujours été là, et qui le sera encore toujours.
    2
    Roman
    Mercredi 13 Décembre 2006 à 18:21
    Certainement,
    à une mélodie.
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